mardi 22 août 2017

Merci aux érudits de la répression et dans le refoulement de l'esprit.



Robert-Houdin.


Dans Les secrets de la prestidigitation et de la magie, comment on devient sorcier, Robert-Houdin dans le chapitre sur "La prestidigitation" propose six branches à cette discipline :
1°. LES TOURS D'ADRESSE exigeant des études suivies et de longs exercices. Les mains et la parole sont les seuls instruments pour l'accomplissement de ces prestiges.
2°. LES EXPÉRIENCES DE MAGIE SIMULÉE, artifices tirés des sciences et auxquels se joignent les tours d'adresse. Cet ensemble de prestiges porte le nom de Trucs d'escamotage.

3°. LA PRESTIDIGITATION DE L'ESPRIT. Influence matérielle sur la volonté des spectateurs ; pensée prévue par d'ingénieux diagnostics, et souvent forcée par des subtilités fort habiles.

4°. LE MAGNÉTISME SIMULÉE. Imitation des phénomènes magnétiques : seconde vue, lucidité, divination, extase et catalepsie.

5°. LES MÉDIUMS. Le spiritisme, évocation simulée des esprits. Tables tournantes, frappantes, parlantes et écrivantes. Armoires et leurs mystères, etc.



6°. Il y enfin une infinité de tours auxquels on ne saurait donner de classement dans la prestidigitation. Ce sont des récréations reposant sur des quiproquos, des subtilités ou des combinaisons pour lesquelles on a une clé, une manière de faire, mais qui ne réclament ni adresse ni talent. C'est ce qu'on appelle des tours de société.

J'étudie essentiellement, dans ce blog, les troisième, quatrième et cinquième branches.



Merci aux
Erudits de la
Répression et
Dans le
Refoulement de l'
Esprit.

(Comme disait Jarry.)


La suite au prochain numéro. Amitiés à tous.



lundi 21 août 2017

« Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (sixième partie).



Le Pimandre.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle » que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
« Ce septénaire est le nombre parfait parce qu'il contient l'un et l'autre sexe et qu'il est composé de pair et d'impair : c'est pourquoi en voulant exprimer « la béatitude parfaite », Virgile a dit : « O trois et quatre fois ».En parlant de la création du monde, Mercure (Hermès) Trismégiste se demande dans le Pimandre : « D'où les éléments de la nature ont-ils surgi? » Ce à quoi Pimandre répond : "De la Volonté de Dieu, qui, ayant reçu en elle le Verbe et ayant vu le beau monde archétype, l'imita, façonnée qu'elle fut en un monde ordonné, selon ses propres éléments et ses semences vitales. Or l'Esprit Dieu, empli par la fécondité des deux sexes, étant vie et lumière, enfanta de sa parole un autre esprit démiurge qui, étant Dieu du feu et du souffle, façonna sept gouverneurs qui enveloppent dans leur cercle le monde sensible. En réalité, si la divinité a déployé au-dehors ces sept mesures, c'est le signe qu'elle les contient encore implicitement dans son divin abîme puisque « nul ne donne ce qu'il ne possède déjà ». Isaïe appelle ces colonnes des femmes lorsqu'il dit : « Et sept femmes saisiront un homme » (Is 4, i). En les appelant « femmes », il veut dire qu'elles sont passives, c'est-à-dire produites. Mais si, comme dit Paul, « Il soutient tout par la puissance de son verbe » (He 1, 3), et ailleurs, « Un en tout et tout en un » (Rm 12, 5), et aux Colossiens, « Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature, car c'est en lui qu'ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et en lui » (Col I, 15-17), nous ne pouvons donc trouver demeure plus juste que celle de Dieu. 
C'est pourquoi, si les orateurs de l'Antiquité confiaient jour après jour les parties des discours qu'ils avaient à prononcer à des lieux caducs comme si c'étaient des choses caduques, il est légitime que nous, qui voulons confier pour l'éternité le caractère éternel de toutes les choses pouvant être revêtues par un discours, avec le caractère éternel du discours lui-même, nous trouvions des lieux éternels. Notre plus haute tâche consistait donc à trouver dans ces sept mesures un ordre qui soit juste, suffisant, distinct, qui tienne toujours l'esprit en éveil et qui frappe la mémoire. »

Commentaire :
Camillo définit ainsi son projet et sa position par rapport aux procédés mnémotechniques de la rhétorique classique. Il s'agit donc pour le Théâtre de convertir une pratique contingente dans sa forme et son objet en une règle universelle : trouver des lieux de mémoire éternels, c'est-à-dire une topique universelle, pour des choses éternelles, les principes qui régissent l'univers, et enfin un discours éternel pour les exprimer, c'est-à-dire une éloquence et une expression ayant atteint leur perfection.


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

dimanche 20 août 2017

« Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (cinquième partie).


Les sephiroth, l'arbre de la vie.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle » (http://www.virtualmagie.com/articles/autres/dossiers/histoire-de-la-mnemotechnie-moyen-age-renaissance-dix-septieme-siecle/) que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Cet article est la suite de celui-ci.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
« Dans le neuvième de ses Proverbes, Salomon dit que la sagesse s'est édifiée une maison reposant sur sept colonnes (Pr 9, 1). Il  nous faut comprendre que ces colonnes, qui signifient la très stable éternité, sont les sept Sephiroth du monde supracéleste, les sept mesures de la fabrique des mondes céleste et inférieur qui contiennent les idées de tout ce qui se trouve en ces mondes ; c’est pourquoi il nous est impossible d’imaginer aucune chose hors de ce nombre. »

Commentaire :
Sephiroth est le nom donné par la Cabale aux dix attributs de Dieu (qui sont donc dans le monde supracéleste) ou degrés de la création divine. Les trois premières Sephiroth, Kether (Couronne), Bina (Intelligence) et Hokhma (Sagesse) appartiennent au monde de l'émanation, sublime et inconcevable. Les sept autres sont Chased (Grâce), Gabiarah (Force), Tipheret (Beauté) constituant le monde de création, Nisach (Triomphe), Hod (Gloire), Iesod (Fondement), constituant le monde de formation et Marcut (Règne), le monde d'action. Cette doctrine a été développée dans le Sepher Ha-Zohar ou "Livre de la Splendeur", pièce maîtresse de la Cabale écrite au XIII e siècle par Moïse de Léon et longtemps attribué au prestigieux Rabbi Siméon ben Yhoai.
Les sept mesures de la fabrique des mondes céleste et inférieur sont les sept planètes qui sont au monde céleste ce que les sept Sephiroth sont au monde supra-céleste.


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

samedi 19 août 2017

" Le Théâtre de la Mémoire" de Giulio Camillo (quatrième partie).


Sans commentaire.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Âge, Renaissance & Dix-Septième siècle » (http://www.virtualmagie.com/articles/autres/dossiers/histoire-de-la-mnemotechnie-moyen-age-renaissance-dix-septieme-siecle/) que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Cet article est la suite de celui-ci.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
«En outre, puisque les choses divines appartiennent au monde supracéleste dont nous sommes séparés par la masse de tous les cieux, notre langue ne peut les exprimer, si l'on peut dire, que par des signes ou des analogies nous permettant de nous élever du visible vers l'invisible.
Commentaire :
Cette distinction traditionnelle entre le monde supracéleste (de Dieu), céleste et terrestre a été diffusée par Platon.

« Toutefois, si Dieu nous faisait la grâce de nous élever au troisième ciel et de pouvoir y contempler ses secrets, il ne nous serait pas permis de les révéler, car en le faisant on commettrait la double erreur de les divulguer à des personnes qui n'en sont pas dignes et de les traiter avec notre langue vulgaire, eux qui ne relèvent que de celle des anges. C'est en voulant éviter ces deux écueils que Jean écrivit ses visions dans l’Apocalypse  sans chercher à les exposer autrement. Ici les images nous aideront à signifier ce qui ne doit pas être profané.»
Commentaire :
Camillo fait allusion à la lettre aux Corinthiens (12, 2-4) de Saint Paul où celui-ci  rapporte comment il fut ravi au troisième ciel. Ce thème avait inspiré de manière significative Marsile Ficin qui composa en 1476 sur le sujet le De raptu Pauli ad tertium caelum sous la forme d'un dialogue entre saint Paul et son âme (in Théologie platonicienne de l’immortalité de l’âme, t. III, p. 345-367, traduction de Raymond Marcel).

 Et il plaît à Dieu, comme il en témoigne lui-même en appelant Moïse son "fidèle ministre" (Nb 12, 17), que ses mystères restent respectueusement cachés derrière leurs voiles. Les cabalistes vont même jusqu'à qualifier Ezéchiel de prophète vulgaire pour avoir, à la manière d'un domestique, révélé tout ce qu'il avait vu (Ez 3, 26; II, 25). Je ne cacherai pas non plus que selon ces mêmes cabalistes Marie, sœur de Moïse, fut frappée par la lèpre après avoir révélé les secrets de la divinité (Nb 12, 10) et qu'Ammonius mourut dans le déshonneur et la misère pour la même faute. Mais laissons là tout ce qu'il y aurait à dire du respect de ce silence dans lequel nous devons maintenir les choses sacrées et commençons, avec l'aide du Seigneur, à parler de notre Théâtre.

Commentaire :
Ammonius Saccas (fin du II° s. ap. J.- C.) était le maître de Plotin (voir Porphyre, Vie de Plotin, 3, 25: « Herennius, Origène et Plotin avaient convenu ensemble de tenir secrets les dogmes d'Ammonius, que leur maître avait expliqué en toute clarté dans ses leçons. »). Selon le cabaliste italien François Georges, dans son livre L’harmonie du monde divisée en trois cantiquescette fin misérable fut aussi celle de Plotin, puni pour avoir finalement dévoilé les dogmes sacrés.


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

vendredi 18 août 2017

Compte rendu de « Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (troisième partie).


Un ouvrage sur la Cabale.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Âge, Renaissance & Dix-Septième siècle » (http://www.virtualmagie.com/articles/autres/dossiers/histoire-de-la-mnemotechnie-moyen-age-renaissance-dix-septieme-siecle/) que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Cet article est la suite de celui-ci.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
« Ce n'est donc pas sans raison que les Anciens plaçaient un Sphinx, peint ou sculpté, au-dessus des portes de tous leurs temples pour bien montrer par cette image qu'il ne faut parler publiquement des choses de Dieu que par énigmes. Dieu nous enseigne encore cela sous d'autres formes, lorsque le Christ dit qu'on ne doit pas jeter de perles aux pourceaux et que l'on ne saurait rien donner de sacré aux chiens (Mt 7, 6). C'est pourquoi, s'adressant à ses Apôtres, il leur dit : "A vous, il a été donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux, aux autres, je leur parle en paraboles parce qu'ils voient sans voir et entendent sans entendre ni comprendre" (Mt 13, 11-13). 
Au quatrième livre d'Esdras, en parlant de Moïse qui était parvenu au sommet de la montagne, Dieu dit : "Je l'ai retenu auprès de moi plusieurs jours et je lui ai fait part de nombre de mes merveilles, je lui ai montré les secrets et la fin des temps et je lui ai ordonné : Ces mots déclare-les, ceux-là, cache-les" (4 Esd 14, 4-6).»
Commentaire :
Le Livre d’Esdras est un apocryphe chrétien reporté à la fin de la Vulgate. Une tradition reprise par Pic de la Mirandole attribue à Esdras la transmission de la science de la Cabale.
 Il écrit ceci dans son Discours sur la dignité de l’homme : « Or, une fois libérés par Cyrus de leur captivité à Babylone, et après la reconstruction du Temple sous Zorobabel, les Hébreux s'appliquèrent à restaurer la loi : c'est alors qu'Esdras, qui dirigeait à l'époque leur communauté religieuse, corrigea le livre de Moïse ; mais voyant bien que les exils, les massacres, les fuites, la captivité du peuple d'Israël rendaient impossible de maintenir la coutume, établie par les anciens, de transmettre de mains en mains la doctrine, voyant aussi que les secrets de cette doctrine céleste, à lui confiés, allaient disparaître et que sans constitution d'archives le souvenir n'en durerait pas longtemps, il décida, après avoir réuni les savants encore en vie, que chacun exposerait ce que sa mémoire conservait des mystères de la loi, et qu'on ferait appel à des secrétaires pour rédiger ces souvenirs en soixante-dix volumes (car tel était à peu près le nombre des savants du Sanhédrin). Sans prêter foi sur ce point à mon seul témoignage, écoutez, Pères, les propres mots d'Esdras: « Au bout de quarante jours, le Très-Haut parla et dit : Ce que tu as écrit d'abord, rends-le public, pour que les dignes et les indignes le lisent ; mais tu conserveras les soixante-dix livres écrits en dernier, pour les remettre aux sages de ton peuple. Car c'est en eux que se trouvent la veine de l'intelligence, la source de la sagesse et le fleuve de la science. Et c'est ce que j'ai fait ». 
Tel est mot pour mot le récit d'Esdras. Tels sont les livres de la science kabbalistique ; Esdras n'avait pas tort de proclamer clairement et d'emblée qu'on y trouve la veine de l'intelligence, autrement dit l'ineffable théologie de la divinité suprasubstantielle, la source de la sagesse, autrement dit la métaphysique précise des formes intelligibles et angéliques ; le fleuve de la science, autrement dit une très solide philosophie des choses de la nature.

Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

Pause dans le blog avec le livre "Méditer, jour après jour" de Christophe André, «L’acceptation comme une sagesse» (troisième partie).


Sans commentaire.


Un chapitre important de Méditer, jour après jour de Christophe André et dans lequel on peut trouver de nombreuses leçons de vie est celui qui s’intitule « Comprendre et accepter ce qui est ». 

Il écrit notamment : " Accepter, ce n’est pas dire « tout est bien » (cela, c’est l’approbation) mais « tout est là ». Nous n’avons pas besoin d’aimer une pensée, une situation, une personne ou une expérience pour les accepter. Pas besoin d’aimer, juste d’admettre que cette pensée, cette situation, cette personne ou cette expérience sont là : elles existent, elles sont déjà dans ma vie et il va me falloir composer et avancer avec elles sans nécessairement les approuver. L’accueil par cette sorte de « oui » ne signifie en rien une résignation ou un renoncement à agir ou à penser. Dans l’acceptation, il y a juste une intention de rester toujours présent dans l’action mais différemment : dans la lucidité, dans le calme."

L’acceptation devient alors véritablement une sagesse si elle permet jusqu’à l’écoute attentive de nos opposants.  Un bon endroit où chercher la sagesse est, par conséquent, là où vous vous attendez le moins à la trouver : dans l'esprit de ceux-ci.  Mais pour cela, il faut les avoir écoutés, ces opposants, et leur avoir donné le droit d'exister (nous qui rêverions de n'avoir que des approuvants). Alors leur avis deviendra une richesse et une chance pour devenir plus intelligents.

L'acceptation nous permet aussi d'intégrer la dimension tragique du réel, sans faire pour autant de notre vie une tragédie : on ne nie pas les aspects douloureux ou injustes de l'existence, mais on leur fait une place. Pas toute la place : on en garde aussi, bien sûr, pour ce qui est beau et bon.

Finalement, accepter, c'est s'enrichir et laisser le monde entrer en nous ; au lieu de vouloir le faire à notre image, et n'en prendre que ce qui nous convient et nous ressemble.

De fait, il s'agit bien de faire de l'espace en soi, inlassablement, même pour ce qui nous dérange et nous déplaît. Ne jamais nous y résigner, mais ne jamais nous y accrocher négativement par le rejet. Le rejet et l'antipathie, comme la peur, engendrent la dépendance et la vulnérabilité. Alors oui, faire cet espace en soi, inlassablement, et diluer nos tourments et antipathies dans un contenant infini. Plus nous  sentirons en nous de la raideur et du rejet envers ce qui nous arrive, plus nous aurons intérêt à nous tourner vers une conscience vaste et sans objet : l'accueil de tout.

L'acceptation, finalement, suppose un choix paradoxal : celui de ne pas choisir ! De ne rien rejeter, de ne rien éliminer.  On décide, à l'inverse, de tout accueillir, d'héberger ce qui passe et ce qui est. Par l'acceptation, on ouvre un espace intérieur infini parce qu’on a renoncé à tout filtrer, à tout contrôler, à tout valider et mesurer et juger. En ce sens, accepter, c’est s’enrichir et laisser le monde entrer en nous, au lieu de vouloir le faire à son image, et n’en prendre que ce qui nous convient et nous ressemble. C’est ce que disait à sa manière étrange Thérèse de Lisieux : « Je choisis tout. » (changement de paradigme !).


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

Compte rendu de « Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (deuxième partie).


Cosme de Médicis.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle » que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Cet article est la suite de celui-ci.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
1) « On lit également dans L’Apocalypse : « Et il envoya son Ange pour la faire connaître à Jean son serviteur » (Ap I, 1). Remarquons ici qu’il ne révéla ses intentions à Jean, bien qu'il fût son serviteur, qu'au moyen de significations et de visions. Ainsi, de même qu'on utilise, dans la milice des hommes, l'ordre donné par les capitaines, les trompettes et les insignes pour conduire et encourager les troupes armées contre les ennemis, on utilise dans la milice divine les paroles du Seigneur, les trompettes angéliques, c'est-à-dire les ordres des Prophètes et des prédicateurs, et les insignes, c'est-à-dire les signes des visions qui signifient sans exprimer.
Commentaire :
Cette allusion à la célèbre parole oraculaire rapportée par Héraclite, « Le Maître dont l'oracle est à Delphes ne parle pas, ne dissimule pas, il signifie » place d'emblée le projet de Camillo sous le signe du symbolisme mystique.
 2) « Il faut ajouter à cela que, selon Mercure Trismégiste, le discours religieux et inspiré par Dieu est en quelque sorte violé dès qu'il est prononcé en présence d'une foule profane. »
Commentaire
La citation est très exactement : « C’est chose impie que de divulguer à la masse un enseignement tout rempli de l’entière majesté divine » dans Asclepius, 1 (Corpus Hermeticum, éd. Nock-Festugière, Paris, Belles Lettres, 1945, t. II, p. 297).
Marsile Ficin, un philosophe humaniste italien, publie en 1471, à l’instigation de Cosme de Médicis, sous le titre Pimandre et Asclepius la traduction d'un ensemble d'écrits en langue grecque ou latine attribués à Hermès (Mercure) Trismégiste (« trois fois très grand »") que les Grecs identifiaient au dieu égyptien Thoth. Les textes hermétiques, composés pour la plupart vers le II` siècle de notre ère, étaient considérés comme largement antérieurs par les philosophes de la Renaissance sur lesquels ils exercèrent une influence considérable.

Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.