mardi 22 août 2017

Merci aux érudits de la répression et dans le refoulement de l'esprit.



Robert-Houdin.


Dans Les secrets de la prestidigitation et de la magie, comment on devient sorcier, Robert-Houdin dans le chapitre sur "La prestidigitation" propose six branches à cette discipline :
1°. LES TOURS D'ADRESSE exigeant des études suivies et de longs exercices. Les mains et la parole sont les seuls instruments pour l'accomplissement de ces prestiges.
2°. LES EXPÉRIENCES DE MAGIE SIMULÉE, artifices tirés des sciences et auxquels se joignent les tours d'adresse. Cet ensemble de prestiges porte le nom de Trucs d'escamotage.

3°. LA PRESTIDIGITATION DE L'ESPRIT. Influence matérielle sur la volonté des spectateurs ; pensée prévue par d'ingénieux diagnostics, et souvent forcée par des subtilités fort habiles.

4°. LE MAGNÉTISME SIMULÉE. Imitation des phénomènes magnétiques : seconde vue, lucidité, divination, extase et catalepsie.

5°. LES MÉDIUMS. Le spiritisme, évocation simulée des esprits. Tables tournantes, frappantes, parlantes et écrivantes. Armoires et leurs mystères, etc.



6°. Il y enfin une infinité de tours auxquels on ne saurait donner de classement dans la prestidigitation. Ce sont des récréations reposant sur des quiproquos, des subtilités ou des combinaisons pour lesquelles on a une clé, une manière de faire, mais qui ne réclament ni adresse ni talent. C'est ce qu'on appelle des tours de société.

J'étudie essentiellement, dans ce blog, les troisième, quatrième et cinquième branches.



Merci aux
Erudits de la
Répression et
Dans le
Refoulement de l'
Esprit.

(Comme disait Jarry.)


La suite au prochain numéro. Amitiés à tous.



lundi 21 août 2017

« Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (sixième partie).



Le Pimandre.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle » que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
« Ce septénaire est le nombre parfait parce qu'il contient l'un et l'autre sexe et qu'il est composé de pair et d'impair : c'est pourquoi en voulant exprimer « la béatitude parfaite », Virgile a dit : « O trois et quatre fois ».En parlant de la création du monde, Mercure (Hermès) Trismégiste se demande dans le Pimandre : « D'où les éléments de la nature ont-ils surgi? » Ce à quoi Pimandre répond : "De la Volonté de Dieu, qui, ayant reçu en elle le Verbe et ayant vu le beau monde archétype, l'imita, façonnée qu'elle fut en un monde ordonné, selon ses propres éléments et ses semences vitales. Or l'Esprit Dieu, empli par la fécondité des deux sexes, étant vie et lumière, enfanta de sa parole un autre esprit démiurge qui, étant Dieu du feu et du souffle, façonna sept gouverneurs qui enveloppent dans leur cercle le monde sensible. En réalité, si la divinité a déployé au-dehors ces sept mesures, c'est le signe qu'elle les contient encore implicitement dans son divin abîme puisque « nul ne donne ce qu'il ne possède déjà ». Isaïe appelle ces colonnes des femmes lorsqu'il dit : « Et sept femmes saisiront un homme » (Is 4, i). En les appelant « femmes », il veut dire qu'elles sont passives, c'est-à-dire produites. Mais si, comme dit Paul, « Il soutient tout par la puissance de son verbe » (He 1, 3), et ailleurs, « Un en tout et tout en un » (Rm 12, 5), et aux Colossiens, « Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature, car c'est en lui qu'ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et en lui » (Col I, 15-17), nous ne pouvons donc trouver demeure plus juste que celle de Dieu. 
C'est pourquoi, si les orateurs de l'Antiquité confiaient jour après jour les parties des discours qu'ils avaient à prononcer à des lieux caducs comme si c'étaient des choses caduques, il est légitime que nous, qui voulons confier pour l'éternité le caractère éternel de toutes les choses pouvant être revêtues par un discours, avec le caractère éternel du discours lui-même, nous trouvions des lieux éternels. Notre plus haute tâche consistait donc à trouver dans ces sept mesures un ordre qui soit juste, suffisant, distinct, qui tienne toujours l'esprit en éveil et qui frappe la mémoire. »

Commentaire :
Camillo définit ainsi son projet et sa position par rapport aux procédés mnémotechniques de la rhétorique classique. Il s'agit donc pour le Théâtre de convertir une pratique contingente dans sa forme et son objet en une règle universelle : trouver des lieux de mémoire éternels, c'est-à-dire une topique universelle, pour des choses éternelles, les principes qui régissent l'univers, et enfin un discours éternel pour les exprimer, c'est-à-dire une éloquence et une expression ayant atteint leur perfection.


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

dimanche 20 août 2017

« Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (cinquième partie).


Les sephiroth, l'arbre de la vie.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle » (http://www.virtualmagie.com/articles/autres/dossiers/histoire-de-la-mnemotechnie-moyen-age-renaissance-dix-septieme-siecle/) que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Cet article est la suite de celui-ci.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
« Dans le neuvième de ses Proverbes, Salomon dit que la sagesse s'est édifiée une maison reposant sur sept colonnes (Pr 9, 1). Il  nous faut comprendre que ces colonnes, qui signifient la très stable éternité, sont les sept Sephiroth du monde supracéleste, les sept mesures de la fabrique des mondes céleste et inférieur qui contiennent les idées de tout ce qui se trouve en ces mondes ; c’est pourquoi il nous est impossible d’imaginer aucune chose hors de ce nombre. »

Commentaire :
Sephiroth est le nom donné par la Cabale aux dix attributs de Dieu (qui sont donc dans le monde supracéleste) ou degrés de la création divine. Les trois premières Sephiroth, Kether (Couronne), Bina (Intelligence) et Hokhma (Sagesse) appartiennent au monde de l'émanation, sublime et inconcevable. Les sept autres sont Chased (Grâce), Gabiarah (Force), Tipheret (Beauté) constituant le monde de création, Nisach (Triomphe), Hod (Gloire), Iesod (Fondement), constituant le monde de formation et Marcut (Règne), le monde d'action. Cette doctrine a été développée dans le Sepher Ha-Zohar ou "Livre de la Splendeur", pièce maîtresse de la Cabale écrite au XIII e siècle par Moïse de Léon et longtemps attribué au prestigieux Rabbi Siméon ben Yhoai.
Les sept mesures de la fabrique des mondes céleste et inférieur sont les sept planètes qui sont au monde céleste ce que les sept Sephiroth sont au monde supra-céleste.


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

samedi 19 août 2017

" Le Théâtre de la Mémoire" de Giulio Camillo (quatrième partie).


Sans commentaire.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Âge, Renaissance & Dix-Septième siècle » (http://www.virtualmagie.com/articles/autres/dossiers/histoire-de-la-mnemotechnie-moyen-age-renaissance-dix-septieme-siecle/) que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Cet article est la suite de celui-ci.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
«En outre, puisque les choses divines appartiennent au monde supracéleste dont nous sommes séparés par la masse de tous les cieux, notre langue ne peut les exprimer, si l'on peut dire, que par des signes ou des analogies nous permettant de nous élever du visible vers l'invisible.
Commentaire :
Cette distinction traditionnelle entre le monde supracéleste (de Dieu), céleste et terrestre a été diffusée par Platon.

« Toutefois, si Dieu nous faisait la grâce de nous élever au troisième ciel et de pouvoir y contempler ses secrets, il ne nous serait pas permis de les révéler, car en le faisant on commettrait la double erreur de les divulguer à des personnes qui n'en sont pas dignes et de les traiter avec notre langue vulgaire, eux qui ne relèvent que de celle des anges. C'est en voulant éviter ces deux écueils que Jean écrivit ses visions dans l’Apocalypse  sans chercher à les exposer autrement. Ici les images nous aideront à signifier ce qui ne doit pas être profané.»
Commentaire :
Camillo fait allusion à la lettre aux Corinthiens (12, 2-4) de Saint Paul où celui-ci  rapporte comment il fut ravi au troisième ciel. Ce thème avait inspiré de manière significative Marsile Ficin qui composa en 1476 sur le sujet le De raptu Pauli ad tertium caelum sous la forme d'un dialogue entre saint Paul et son âme (in Théologie platonicienne de l’immortalité de l’âme, t. III, p. 345-367, traduction de Raymond Marcel).

 Et il plaît à Dieu, comme il en témoigne lui-même en appelant Moïse son "fidèle ministre" (Nb 12, 17), que ses mystères restent respectueusement cachés derrière leurs voiles. Les cabalistes vont même jusqu'à qualifier Ezéchiel de prophète vulgaire pour avoir, à la manière d'un domestique, révélé tout ce qu'il avait vu (Ez 3, 26; II, 25). Je ne cacherai pas non plus que selon ces mêmes cabalistes Marie, sœur de Moïse, fut frappée par la lèpre après avoir révélé les secrets de la divinité (Nb 12, 10) et qu'Ammonius mourut dans le déshonneur et la misère pour la même faute. Mais laissons là tout ce qu'il y aurait à dire du respect de ce silence dans lequel nous devons maintenir les choses sacrées et commençons, avec l'aide du Seigneur, à parler de notre Théâtre.

Commentaire :
Ammonius Saccas (fin du II° s. ap. J.- C.) était le maître de Plotin (voir Porphyre, Vie de Plotin, 3, 25: « Herennius, Origène et Plotin avaient convenu ensemble de tenir secrets les dogmes d'Ammonius, que leur maître avait expliqué en toute clarté dans ses leçons. »). Selon le cabaliste italien François Georges, dans son livre L’harmonie du monde divisée en trois cantiquescette fin misérable fut aussi celle de Plotin, puni pour avoir finalement dévoilé les dogmes sacrés.


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

vendredi 18 août 2017

Compte rendu de « Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (troisième partie).


Un ouvrage sur la Cabale.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Âge, Renaissance & Dix-Septième siècle » (http://www.virtualmagie.com/articles/autres/dossiers/histoire-de-la-mnemotechnie-moyen-age-renaissance-dix-septieme-siecle/) que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Cet article est la suite de celui-ci.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
« Ce n'est donc pas sans raison que les Anciens plaçaient un Sphinx, peint ou sculpté, au-dessus des portes de tous leurs temples pour bien montrer par cette image qu'il ne faut parler publiquement des choses de Dieu que par énigmes. Dieu nous enseigne encore cela sous d'autres formes, lorsque le Christ dit qu'on ne doit pas jeter de perles aux pourceaux et que l'on ne saurait rien donner de sacré aux chiens (Mt 7, 6). C'est pourquoi, s'adressant à ses Apôtres, il leur dit : "A vous, il a été donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux, aux autres, je leur parle en paraboles parce qu'ils voient sans voir et entendent sans entendre ni comprendre" (Mt 13, 11-13). 
Au quatrième livre d'Esdras, en parlant de Moïse qui était parvenu au sommet de la montagne, Dieu dit : "Je l'ai retenu auprès de moi plusieurs jours et je lui ai fait part de nombre de mes merveilles, je lui ai montré les secrets et la fin des temps et je lui ai ordonné : Ces mots déclare-les, ceux-là, cache-les" (4 Esd 14, 4-6).»
Commentaire :
Le Livre d’Esdras est un apocryphe chrétien reporté à la fin de la Vulgate. Une tradition reprise par Pic de la Mirandole attribue à Esdras la transmission de la science de la Cabale.
 Il écrit ceci dans son Discours sur la dignité de l’homme : « Or, une fois libérés par Cyrus de leur captivité à Babylone, et après la reconstruction du Temple sous Zorobabel, les Hébreux s'appliquèrent à restaurer la loi : c'est alors qu'Esdras, qui dirigeait à l'époque leur communauté religieuse, corrigea le livre de Moïse ; mais voyant bien que les exils, les massacres, les fuites, la captivité du peuple d'Israël rendaient impossible de maintenir la coutume, établie par les anciens, de transmettre de mains en mains la doctrine, voyant aussi que les secrets de cette doctrine céleste, à lui confiés, allaient disparaître et que sans constitution d'archives le souvenir n'en durerait pas longtemps, il décida, après avoir réuni les savants encore en vie, que chacun exposerait ce que sa mémoire conservait des mystères de la loi, et qu'on ferait appel à des secrétaires pour rédiger ces souvenirs en soixante-dix volumes (car tel était à peu près le nombre des savants du Sanhédrin). Sans prêter foi sur ce point à mon seul témoignage, écoutez, Pères, les propres mots d'Esdras: « Au bout de quarante jours, le Très-Haut parla et dit : Ce que tu as écrit d'abord, rends-le public, pour que les dignes et les indignes le lisent ; mais tu conserveras les soixante-dix livres écrits en dernier, pour les remettre aux sages de ton peuple. Car c'est en eux que se trouvent la veine de l'intelligence, la source de la sagesse et le fleuve de la science. Et c'est ce que j'ai fait ». 
Tel est mot pour mot le récit d'Esdras. Tels sont les livres de la science kabbalistique ; Esdras n'avait pas tort de proclamer clairement et d'emblée qu'on y trouve la veine de l'intelligence, autrement dit l'ineffable théologie de la divinité suprasubstantielle, la source de la sagesse, autrement dit la métaphysique précise des formes intelligibles et angéliques ; le fleuve de la science, autrement dit une très solide philosophie des choses de la nature.

Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

Pause dans le blog avec le livre "Méditer, jour après jour" de Christophe André, «L’acceptation comme une sagesse» (troisième partie).


Sans commentaire.


Un chapitre important de Méditer, jour après jour de Christophe André et dans lequel on peut trouver de nombreuses leçons de vie est celui qui s’intitule « Comprendre et accepter ce qui est ». 

Il écrit notamment : " Accepter, ce n’est pas dire « tout est bien » (cela, c’est l’approbation) mais « tout est là ». Nous n’avons pas besoin d’aimer une pensée, une situation, une personne ou une expérience pour les accepter. Pas besoin d’aimer, juste d’admettre que cette pensée, cette situation, cette personne ou cette expérience sont là : elles existent, elles sont déjà dans ma vie et il va me falloir composer et avancer avec elles sans nécessairement les approuver. L’accueil par cette sorte de « oui » ne signifie en rien une résignation ou un renoncement à agir ou à penser. Dans l’acceptation, il y a juste une intention de rester toujours présent dans l’action mais différemment : dans la lucidité, dans le calme."

L’acceptation devient alors véritablement une sagesse si elle permet jusqu’à l’écoute attentive de nos opposants.  Un bon endroit où chercher la sagesse est, par conséquent, là où vous vous attendez le moins à la trouver : dans l'esprit de ceux-ci.  Mais pour cela, il faut les avoir écoutés, ces opposants, et leur avoir donné le droit d'exister (nous qui rêverions de n'avoir que des approuvants). Alors leur avis deviendra une richesse et une chance pour devenir plus intelligents.

L'acceptation nous permet aussi d'intégrer la dimension tragique du réel, sans faire pour autant de notre vie une tragédie : on ne nie pas les aspects douloureux ou injustes de l'existence, mais on leur fait une place. Pas toute la place : on en garde aussi, bien sûr, pour ce qui est beau et bon.

Finalement, accepter, c'est s'enrichir et laisser le monde entrer en nous ; au lieu de vouloir le faire à notre image, et n'en prendre que ce qui nous convient et nous ressemble.

De fait, il s'agit bien de faire de l'espace en soi, inlassablement, même pour ce qui nous dérange et nous déplaît. Ne jamais nous y résigner, mais ne jamais nous y accrocher négativement par le rejet. Le rejet et l'antipathie, comme la peur, engendrent la dépendance et la vulnérabilité. Alors oui, faire cet espace en soi, inlassablement, et diluer nos tourments et antipathies dans un contenant infini. Plus nous  sentirons en nous de la raideur et du rejet envers ce qui nous arrive, plus nous aurons intérêt à nous tourner vers une conscience vaste et sans objet : l'accueil de tout.

L'acceptation, finalement, suppose un choix paradoxal : celui de ne pas choisir ! De ne rien rejeter, de ne rien éliminer.  On décide, à l'inverse, de tout accueillir, d'héberger ce qui passe et ce qui est. Par l'acceptation, on ouvre un espace intérieur infini parce qu’on a renoncé à tout filtrer, à tout contrôler, à tout valider et mesurer et juger. En ce sens, accepter, c’est s’enrichir et laisser le monde entrer en nous, au lieu de vouloir le faire à son image, et n’en prendre que ce qui nous convient et nous ressemble. C’est ce que disait à sa manière étrange Thérèse de Lisieux : « Je choisis tout. » (changement de paradigme !).


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

Compte rendu de « Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (deuxième partie).


Cosme de Médicis.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle » que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Cet article est la suite de celui-ci.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
1) « On lit également dans L’Apocalypse : « Et il envoya son Ange pour la faire connaître à Jean son serviteur » (Ap I, 1). Remarquons ici qu’il ne révéla ses intentions à Jean, bien qu'il fût son serviteur, qu'au moyen de significations et de visions. Ainsi, de même qu'on utilise, dans la milice des hommes, l'ordre donné par les capitaines, les trompettes et les insignes pour conduire et encourager les troupes armées contre les ennemis, on utilise dans la milice divine les paroles du Seigneur, les trompettes angéliques, c'est-à-dire les ordres des Prophètes et des prédicateurs, et les insignes, c'est-à-dire les signes des visions qui signifient sans exprimer.
Commentaire :
Cette allusion à la célèbre parole oraculaire rapportée par Héraclite, « Le Maître dont l'oracle est à Delphes ne parle pas, ne dissimule pas, il signifie » place d'emblée le projet de Camillo sous le signe du symbolisme mystique.
 2) « Il faut ajouter à cela que, selon Mercure Trismégiste, le discours religieux et inspiré par Dieu est en quelque sorte violé dès qu'il est prononcé en présence d'une foule profane. »
Commentaire
La citation est très exactement : « C’est chose impie que de divulguer à la masse un enseignement tout rempli de l’entière majesté divine » dans Asclepius, 1 (Corpus Hermeticum, éd. Nock-Festugière, Paris, Belles Lettres, 1945, t. II, p. 297).
Marsile Ficin, un philosophe humaniste italien, publie en 1471, à l’instigation de Cosme de Médicis, sous le titre Pimandre et Asclepius la traduction d'un ensemble d'écrits en langue grecque ou latine attribués à Hermès (Mercure) Trismégiste (« trois fois très grand »") que les Grecs identifiaient au dieu égyptien Thoth. Les textes hermétiques, composés pour la plupart vers le II` siècle de notre ère, étaient considérés comme largement antérieurs par les philosophes de la Renaissance sur lesquels ils exercèrent une influence considérable.

Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

jeudi 17 août 2017

Pause dans le blog avec le livre "Méditer, jour après jour" de Christophe André, « La méditation sur les émotions » (deuxième partie).



Un détail du tableau de Cranach.


Chaque chapitre du livre Méditer, jour après jour de Christophe André est illustré par un tableau correspondant à l’état d’esprit du chapitre. Ici il s’agit de La Mélancolie de Lucas Cranach l’Ancien. L’auteur écrit au sujet de ce tableau : « C’est un mélange d’ordre et de désordre, insolite, indéchiffrable, qui met discrètement mal à l’aise. On ne saisit pas ce que le peintre veut nous dire. Puis, au bout d’un moment, on ne comprend pas mieux, mais au moins on commence à percevoir l’organisation du tableau. »

Il y a dans cette Mélancolie de Cranach du réel et de l’irréel, de la tension et du calme, de l’action et de l’ennui. Des choses que l’on comprend, à peu près, et d’autres qui nous échappent et nous dépassent. Et dont on pressent que cela nous échappera et nous dépassera toujours.

Mais n’est-ce pas souvent comme cela que se présente à nous notre propre expérience émotionnelle ?

En réalité, nos émotions, même désagréables, ne sont pas les « mauvaises herbes » de notre esprit. Elles font partie de notre écologie psychique. Commencer par les accepter n'est possible et viable que si, par ailleurs, nous sommes conscients d'elles et de leurs mécanismes d'influence, puissants ou subtils. Les émotions tendent naturellement à s'imposer à nous ; c'est sur leur influence que nous devons agir, pas sur leur présence. D'ailleurs, le but de ce que l'on nomme en psychologie la « régulation émotionnelle » n'est pas le vide, le zen ou le calme. En tout cas, pas tout de suite, ou pas directement. Le but, c'est la conscience, la clarté.

Il y a ainsi dans la méditation deux « compétences » fondamentales pour progresser sur la voie de l'équilibre émotionnel : la première consiste à créer un espace intérieur pour permettre l'expérience de l'instant présent ; la seconde, à accueillir cette expérience telle qu'elle est, à la laisser exister. Pour dépasser une souffrance ou un inconfort, il faut d'abord avoir admis qu'ils existent en nous. On ne peut quitter un endroit où l'on n'a jamais accepté d'arriver : et on ne peut se libérer d'une souffrance qu'on n'a jamais accepté de reconnaître.

C'est seulement comme ça que, dans les moments de détresse émotionnelle, nous pourrons écouter et croire nos propres paroles de réconfort : se dire que ce n'est pas grave, que ça va passer, etc. Cela ne marche que si nous avons d'abord pleinement accepté le problème, pas si nous sommes encore en train de refuser son existence (« Ce n'est pas possible, ce n'est pas juste. »). Les graines de la sérénité ne poussent que sur une terre de lucidité, pas sur le déni ou le mensonge à soi-même. Pour que des paroles apaisantes soient réellement des paroles apaisantes, il faut prendre le temps de les accueillir, de les écouter, de les ressentir, de les éprouver. De les faire vivre en soi. Comme nous le faisons pour les émotions douloureuses. Et il n'est pas interdit, bien sûr, de donner aussi de l'espace à ses émotions agréables.

Donc, lorsque je suis troublé, contrarié, inquiet, surtout il ne faut pas passer à autre chose pour m'en libérer, me soulager. Au contraire, si j'en ai le temps, il est déterminant d’observer ce qui se passe en moi. Quelle est cette émotion qui m'habite? Vers quoi me pousse-t-elle? Cela semble très simple, mais évidemment ça ne l'est pas : comme pour nos pensées, nos émotions s'imposent à nous, c'est-à-dire qu'elles ne se présentent pas comme des phénomènes subjectifs, mais comme l'évidence, la réalité non discutable. Alors, il ne faut pas chercher à modifier ce que je ressens, ne pas chercher à me consoler ou à me calmer. Juste me rendre présent. Bien respirer alors, ne rien «vouloir» d'autre que m'attacher à respirer en observant ce qui se passe en moi. 

La respiration, la présence, la pleine conscience, c’est un peu comme une lampe dans les ténèbres : nous pouvons voir où nous sommes même si c’est toujours la nuit. Et parfois, ce sera étonnant ; en acceptant nos émotions douloureuses, en consentant à les traverser, nous découvrirons que cela se passe comme lorsqu’on traverse un nuage ; finalement, il n’y avait rien dedans de bien solide. Et à la sortie, le soleil brillera à nouveau. Nous nous nous apercevrons que, même si le soleil avait cessé de briller pour nous, il était toujours là, il avait toujours été là, même quand nous étions perdus dans nos émotions de souffrance.


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

mercredi 16 août 2017

Pause dans le blog avec le livre "Méditer, jour après jour" de Christophe André, "Donner un espace à ses émotions".



La Mélancolie de Lucas Cranach l’Ancien.


Chaque chapitre du livre Méditer, jour après jour de Christophe André est illustré par un tableau correspondant à l’état d’esprit du chapitre. Ici il s’agit de La Mélancolie de Lucas Cranach l’Ancien. L’auteur écrit au sujet de ce tableau : « C’est un mélange d’ordre et de désordre, insolite, indéchiffrable, qui met discrètement mal à l’aise. On ne saisit pas ce que le peintre veut nous dire. Puis, au bout d’un moment, on ne comprend pas mieux, mais au moins on commence à percevoir l’organisation du tableau. »

Il y a dans cette Mélancolie de Cranach du réel et de l’irréel, de la tension et du calme, de l’action et de l’ennui. Des choses que l’on comprend, à peu près, et d’autres qui nous échappent et nous dépassent. Et dont on pressent que cela nous échappera et nous dépassera toujours.

Mais n’est-ce pas souvent comme cela que se présente à nous notre propre expérience émotionnelle ?

Quand on fait de la méditation (surtout celle de pleine conscience) on accueille en soi les ressentis émotionnels négatifs ou douloureux, on leur permet simplement d'être là. Ainsi, plutôt que de vouloir chasser sa tristesse ou résoudre son inquiétude, on commence d'abord par accepter leur présence. Ce qui ne signifie pas accepter leurs messages et leurs injonctions : permettre à sa tristesse ou à son inquiétude d'être là, c'est constater que nous sommes tristes mais pas forcément croire tout ce que nous chuchote la tristesse (« Cette vie ne vaut guère la peine, à quoi bon agir ? ») ou l'inquiétude (« Il y a un danger, tu dois vite agir et trouver des solutions »).

Les patients anxieux ou déprimés n'aiment pas qu'on leur dise de commencer par permettre à leurs affects d'être là. Ça les scandalise un peu : «J'ai toujours essayé de faire le contraire, de ne pas souffrir.» Et ça leur fait peur : « Si j'ouvre les vannes, si je baisse la garde, je vais me faire engloutir par la souffrance.»

Mais non, rassurez-vous, ça ne se passera pas ainsi. Nos émotions négatives sont comme des animaux (ou des humains) que l'on voudrait calmer : plus on se jette sur elles pour les repousser, les ligoter ou les enfermer, plus elles se débattent et peuvent nous faire mal.

Nous avons plutôt intérêt à créer un espace autour d'elles pour leur permettre d'exister. Et pour nous permettre alors de les observer : dans quel état mettent-elles mon corps ? Quelles pensées induisent-elles ? Vers quoi me poussent-elles ? Ainsi, on n'est pas dans l'émotion, mais dans l'expérience de l'émotion : accueillir pour moins subir. Cela pourra parfois suffire à nous apaiser, et nous permettre alors de décider que faire.

Les émotions sont les moteurs des pensées négatives, ce sont elles qui leur donnent toute leur force, les solidifient. Accepter mes émotions, c'est désamorcer leur pouvoir  sur les pensées qu'elles poussent devant elles pour avancer masquées. Je pourrai plus facilement réfléchir à mes pensées de colère si j'ai reconnu et accepté ma colère ; plus facilement réfléchir à mes inquiétudes si j'ai reconnu et accepté mon angoisse. Alors que, si j'en reste à « mais non, je ne suis pas en colère, c'est ce qui se passe qui n’est pas acceptable » ou à « mais non, je ne suis pas inquiet, c’est la réalité qui est menaçante », ce travail sur les pensées ne se fera pas. Puisqu’elles sont, pour mon esprit, non pas pensées mais réalités et évidence. Qui serait assez fou pour contester la réalité et l’évidence ?

Quelqu’un m’a dit un jour une phrase que j’ai trouvée amusante et juste (un changement de paradigme pour moi !) : « Votre esprit est un endroit dangereux. Ne vous y rendez qu’accompagné de la méditation de pleine conscience. »


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

mardi 15 août 2017

Compte rendu du book test « Tandem » de Julien David chez C.C. Editions (troisième partie).



Un ambigramme.

J’ai toujours été passionné par les mots et les jeux que l’on peut faire avec ceux-ci. Il est donc normal qu’en prestidigitation, je sois passionné par les book tests. Pour moi, Tandem le book test de Julien David (publié le 25 juillet chez C.C. Editions, 75 euros) est un sommet, un Mont Everest dans le genre!

Effets 

J’ai compté qu’il est possible de réaliser 11 effets magiques avec Tandem.

Je ne vous parlerai que de 4 choisis selon ma préférence. Les voici :

1) « Lettre par lettre » : Deviner lettre par lettre un mot choisi totalement au hasard (c'est-à-dire à n'importe quelle page, n'importe quelle ligne, sans recourir à un mot clé) et ce, sans poser la moindre question.

2) « Le spectateur mentaliste » : Permettre à un spectateur de deviner le mot d'un autre spectateur sans lui transmettre la moindre information (et sans complice évidemment).

3) « Qui sera le premier ? » : Prédire quel spectateur retrouvera le mot choisi par un autre spectateur.

4) « Le choix du public » : Prédire un mot choisi au hasard, puis révéler que vous avez réussi à prédire une phrase tout entière !

Je traiterai aujourd’hui le premier effet que j’ai sélectionné « Lettre par lettre ».

Un spectateur est prié d'ouvrir un livre et d'y choisir secrètement n'importe quel mot dans le corps du texte, à une page quelconque. Le mentaliste propose une expérience de télépathie. Il sort deux séries de vingt-six cartes, chaque série étant constituée des lettres de l'alphabet. Ces deux jeux sont mélangés, puis l'un est confié au spectateur et l'autre est gardé par le mentaliste. Bien qu'aucune information ne soit donnée concernant le mot choisi, le mentaliste devine une à une les lettres qui se trouvent dans ce mot.

Le processus est le suivant : le paquet du spectateur est posé devant lui, lettres visibles. Le mentaliste dépose en premier une carte de son jeu, lettre vers le bas, sur la table. Après chaque dépôt du mentaliste, le spectateur prend la première carte de son paquet qui se présente à lui : si la lettre appartient à son mot, il la pose en face de la carte du mentaliste ; si elle ne correspond pas à son mot, il l'élimine en la mettant de côté, regarde la carte suivante et continue jusqu'à arriver à une lettre appartenant à son mot qu’il pose à nouveau devant le mentaliste. Celui-ci continue lui aussi de poser  des cartes, lettres vers le bas, devant le spectateur. Dès que le mentaliste pose une carte, le spectateur pose une des siennes en face selon le processus décrit. Cela est répété jusqu’à ce que le spectateur ait passé toutes ses cartes. Le mentaliste retourne alors ses cartes : chaque lettre correspond exactement à la lettre posée par le spectateur, dans le même ordre de dépôt, et ces lettres forment le mot choisi...

Vous voulez connaître l’explication de cet effet qui est génial : alors achetez « Tandem » de Julien David chez C.C. Editions. Ce sera un de vos meilleurs investissements magiques de l’année.


Vous aurez le détail des trois autres effets dans de prochains articles. Amitiés à tous.

Compte rendu du book test « Tandem » de Julien David chez C.C. Editions. (deuxième partie)


Le créateur de Tandem.


J’ai toujours été passionné par les mots et les jeux que l’on peut faire avec ceux-ci. Il est donc normal qu’en prestidigitation, je sois passionné par les book tests. Pour moi, Tandem de Julien David (75 euros, publié chez C.C. Éditions) est un sommet, un Mont Everest dans le genre!

Je résume ce que j’ai écrit dans mon précédent article sur Tandem. C’est la première fois, à ma connaissance, qu’un book test français utilise ces deux procédés : le lipogramme (absence de la voyelle « e » dans un des livres), l’antilipogramme (présence de la voyelle « e » dans tous les mots de l’autre livre).

La troisième technique employée de manière systématique par Julien David pour réaliser son book test a été l’ambigramme (mot réversible qui peut être lu en le retournant à 180 degrés et qui prend alors un autre sens). Dans les deux livres de Tandem, il existe cinq ambigrammes différents, soit dix mots au total. Ces dix mots se retrouvent uniquement à la fin de chaque page. Il sera facile de connaître les mots choisis sans connaître le livre sélectionné, ni voir la page. Il vous suffira de savoir le dernier chiffre du numéro de page librement choisi,  il indiquera instantanément le couple de mots à deviner : 1 donne l’ambigramme « ami, nue », 2 « alliage, abeille », 3 « vides, sapin », 4 « abus, ange », 5 « amer, suie », 6 « nue, amie », etc. Si vous n’arrivez pas à retenir la correspondance entre le dernier chiffre du numéro de la page et l’ambigramme, vous trouverez sur les quatrièmes de couverture des deux livres la liste des dix mots du livre en deux groupes de cinq mots pour plus de lisibilité et dans le paragraphe suivant la liste des dix mots de l’autre livre.

Le dernier procédé utilisé par Julien David est celui des mots longs. Dans Tandem, il existe vingt-quatre mots différents repérables par leur longueur, douze mots dans un livre et douze mots dans l’autre. Cela vous permet de faire choisir un mot différent à chaque spectateur. De même que les ambigrammes, ils sont tous donnés en anti-sèche sur les quatrièmes de couverture.

Effets

J’ai compté qu’il est possible de réaliser 11 effets magiques avec Tandem.

Je ne vous parlerai que de 4 choisis selon ma préférence. Les voici :

1) « Lettre par lettre » : Deviner lettre par lettre un mot choisi totalement au hasard (c'est-à-dire à n'importe quelle page, n'importe quelle ligne, sans recourir à un mot clé) et ce, sans poser la moindre question.

2) « Le spectateur mentaliste » : Permettre à un spectateur de deviner le mot d'un autre spectateur sans lui transmettre la moindre information (et sans complice évidemment).

3) « Qui sera le premier ? » : Prédire quel spectateur retrouvera le mot choisi par un autre spectateur.

4) « Le choix du public » : Prédire un mot choisi au hasard, puis révéler que vous avez réussi à prédire une phrase tout entière !


Vous aurez le détail de ses tours dans un prochain article. Amitiés à tous.

Compte rendu du book test « Tandem » de Julien David chez C.C. Editions (première partie).




Une autre création du magicien Julien David.


J’ai toujours été passionné par les mots et les jeux que l’on peut faire avec ceux-ci. Il est donc normal qu’en prestidigitation, je sois passionné par les book tests. Pour moi, Tandem de Julien David, (75 euros, publié chez C.C. Editions), est un sommet, un Mont Everest dans le genre.

Tout d’abord faites un test. Essayez de reconnaître cette citation, de quel  livre elle provient et si vous passez le test avec succès, alors achetez à tout prix (jeu de mots) Tandem :

« Plus Lemoine méditait, plus ce cas lui rappelait un roman de G.Creep, intitulé La Disparition. Ils partageaient une même clef. Une clef habile. Comment ouvroir autrement les allées et venues de ces sept mannequins, dont les actes forment un cycle étonnant digne d’un livre de magie ? Comme tous ces écrits obscurs, cette affaire respectait un système de signes graphiques, propice à des faits impossibles. »

Cette citation est bien sûr extraite d’un des premiers et plus grands book test français paru en 2000, Millenium de Daniel Rhod et Philippe Saint-Laurent. On y trouve pour la première fois le système des mots longs emprunté à l’américain Ted Karmilovitch qui le créa en 1996 dans son Mother of all Book Tests  (dans cet extrait de Millenium, le mot long est « mannequin »).

Mais, en plus, cette citation du deuxième paragraphe du dernier chapitre de Millennium (p.195-196) est codée. G.Creep est l’anagramme de Georges Perec, le formidable auteur de La Disparition (1968), seul livre français écrit jusqu’à maintenant (Tandem est à présent le deuxième) sans jamais employer une seule fois la voyelle « e » (c’est en termes techniques un lipogramme). Le verbe imaginaire « ouvroir » fait naturellement allusion au groupe dont fit partie Perec à partir de 1966, l’Ouvroir de Littérature Potentielle. Ce groupe, composé de littéraires et de scientifiques, a été créé par le mathématicien François Le Lionnais et l’écrivain Raymond Queneau en 1960. Tout son travail a constitué depuis le début à établir des règles, des contraintes formelles, puis de les traduire sous forme de textes.

Julien David cite Gorges Perec et son roman La disparition à la page 5 de sa présentation car l’un des deux romans que constitue son book test est, comme je viens de le mentionner, lui aussi un lipogramme (écrit sans la lettre « e »). En revanche, il précise que George Perec a également composé un roman intitulé Les Revenentes qui,  au contraire, n’utilise qu’une voyelle, la lettre « e ». Julien David en a fait de même pour le deuxième roman de son book test (c’est donc un antilipogramme !).

C’est la première fois, à ma connaissance, qu’un book test français utilisait ces deux procédés.

La troisième technique employée de manière systématique par Julien David pour réaliser son livre magique a été l’ambigramme (Seul Yves Doumergue dans son Close-up book test avait déjà utilisé ce procédé mais de manière homéopathique, sur seulement 3 mots de son livre).

Mais qu’est -ce qu’un ambigramme ?

« Ambigramme » est un terme imaginé par le scientifique Douglas R. Hofstadter pour désigner un mot réversible, c'est-à-dire une calligraphie qui peut être lue dans plusieurs sens. En l'occurrence, les ambigrammes utilisés dans Tandem se retournent à 180°. Julien David nous propose de tester ce système sur un simple exemple : ouvrez l'un des livres à n'importe quelle page et repérez le dernier mot de cette page. Ouvrez également l'autre livre à la même page et repérez également le dernier mot de cette page. Vous avez ainsi retenu, par exemple, les mots « sapin » et « vides ». Écrits d'une certaine manière (mais rassurez-vous, c'est une écriture naturelle et lisible), ces deux mots sont complémentaires, car chacun est l'ambigramme de l'autre.

Dans les livres de Tandem, il existe cinq ambigrammes différents, soit dix mots au total. Ils ont été spécialement dessinés pour leur facilité à les reproduire à main levée et leur lisibilité. Ces dix mots se retrouvent uniquement à la fin de chaque page (vous ne les retrouverez pas à un autre endroit dans le corps du texte). Il sera facile de connaître les mots choisis sans connaître le livre sélectionné, ni voir la page. Il vous suffira de savoir le dernier chiffre de la page librement choisie ; celui-ci vous indiquera instantanément le couple de mots à deviner.

Mais assez de théorie pour le moment !  Dans un prochain article, je vous expliquerai comment mettre en œuvre les principes de ce book test que je viens de vous détailler : lipogramme, antilipogramme, ambigrammes (il y aura aussi l’emploi de mots longs).

J’ai compté, pour vous mettre l’eau à la bouche, qu’il était possible de réaliser 11 effets magiques avec Tandem.

Bonne journée. Amitiés à tous


dimanche 13 août 2017

Compte rendu du « Comic Book Test » de Yoan Tanuji et Guillaume Bienné.


Vous ne croyiez tout de même pas que j'allais vous montrer la couverture !


Prix du livre (bande dessinée) : 99 euros
Prix du livre version Collector (bande dessinée) : 149 euros

J’ai une histoire par rapport à ce book test. Je l’avais acheté quand il est sorti mais un ami mentaliste qui base son spectacle sur une histoire policière m’avait demandé de lui vendre, ce que j’ai fait. Je n’ai donc pas pu à l’époque l’exploiter correctement. Ce n’est que récemment que je l’ai racheté en étudiant les différents book tests français. Je ne m’en étais pas aperçu à l’époque mais, sous son apparence de bande dessinée policière, il possède des effets colossaux mais surtout multiples. J’ai recensé dans la version normale pas moins de neuf révélations possibles et dans la version Collector, une dixième prédiction qui paraît totalement incompréhensible.

Naturellement, je ne vais pas vous révéler les trucages de ce book test mais je vais essayer de vous donner envie de l’acheter car il me semble, après les nombreux comparatifs que j’ai effectués, un des meilleurs book tests actuellement en vente sur le marché du mentalisme.

Il a d’abord l’immense avantage d’être une véritable bande dessinée avec une histoire cohérente, narrant une enquête dans une ville imaginaire inspirée de Las Vegas. Vous pouvez donc sans problème le mettre dans les mains d’un spectateur méfiant qui ne repérera rien de répétitif ou d’incongru.

Un petit plus, vous pourrez choisir entre deux présentations, deux livres à la couverture différente (ce qui vous permettra un forçage si vous acquerrez les deux présentations). Surtout, tout a été pensé par les magiciens créateurs de ce livre, Yoan Tanuji et Guillaume Bienné, pour minimiser votre travail de mémoire (ce qui n’est malheureusement pas le cas pour tous les book tests).

Pour vous mettre l’eau à la bouche, je vais vous recenser tout ce que vous pouvez deviner si vous connaissez la page choisie par le spectateur, soit qu’il vous l’ait dite, soit que vous l’ayez forcée (dans la version de base, vous avez même un marquage des pages).

Mais rentrons dans le vif du sujet. Voici les dix effets possibles.

1) Vous demandez au spectateur s’il a une idée sur ce qu’a été l’arme du crime dans cette histoire policière, sans même avoir lu le livre. Dès qu’il la révèle, vous lui montrez qu’incroyablement, il a deviné en effet celle indiquée par le texte.

2) Vous révélez au spectateur le mot long qui existe dans la première bulle de sa page.

3) Il y a un nombre inscrit dans le texte des pages impaires de ce livre. Vous annoncez ce nombre (bien sûr si le spectateur est sur une page impaire)

4) Des éléments insolites apparaissent sur les cases centrales de huit pages différentes. Vous allez révéler ces éléments à vos spectateurs médusés.

5) Des symboles, comme par exemple ceux de Zener, ont été insérés dans chaque page du livre, Vous devinez quel symbole apparaît dans la page du spectateur et dans quelle case.

6) Sur les pages paires, vous allez pouvoir indiquer l’heure indiquée dans une pendule et dans quelle case de la page.

7) Sur les pages impaires, vous allez pouvoir indiquer une direction indiquée en anglais et dans quelle case.

8) Vous pourrez annoncer le nombre de mots qui se trouvent dans la dernière case de la page.

9) Sur certaines pages se trouve un dé. Vous serez en mesure de révéler le total de ce dé.

10) Dans la version collector, votre spectateur devinera à quel endroit du corps la victime d’un crime a été atteinte.

Cerise sur le gâteau, les concepteurs du book test sont même allés jusqu’à créer un site internet pour montrer que le livre est bien vendu dans le commerce.

Après cette description, vous n’aurez pas de mal à comprendre pourquoi je trouve que ce book-test est un des meilleurs du marché rapport qualité/prix. Et surtout n’oubliez pas que les spectateurs adorent les bandes dessinées !


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amitiés à tous !